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DIMANCHE 27 DECEMBRE 1942

 
Le temps commence à se refroidir et sur le matin, il fait un peu froid dans la chambre. Mes camarades n’ont pas chaud, mais grâce à toi, ma petite Chérie, je dors bien et j’ai bien chaud ; sur ma paillasse, je mets la couverture touchée ici , elle me sert de drap et me tient chaud, je couche avec ma chemise (pour ne pas salir mon pyjama), sur moi ma couverture et mon sac de duvet qui me sert d’édredon, sur mes pieds, mes vêtements (culotte, caleçon, pull et chaussettes).Ce matin j’étais bien réveillé à six heures et demie, je me suis levé pour aller « au jus« . dehors tout est couvert de givre, il y a des fleurs sur les vitres par le froid, il fait un beau clair de lune, le froid est supportable.

Au retour, après avoir bu un verre de jus chaud et en avoir donné un verre à mes copains au lit, je me suis recouché pour ne me lever qu’à 8 h.

Ma toilette finie, habillé, j’ai reprisé mes chaussettes. A dix heures., rassemblement devant notre baraque.

Tout le monde attend les nouvelles instructions. Un de nos camarades servant d’interprète, nous lit l’ordre arrivé au camp pour les travailleurs français en Allemagne, de l’organisation L.

  1. Faisant partie de la suite de l’Armée allemande, nous devons obéir et respecter les officiers et soldats. En cas de désobéissance, nous pourrons être punis.
  2. Nous sommes obligés de garder notre tenue kaki, ne plus mettre nos effets civils.
  3. Nous ne pourrons pas sortir sans notre laissez-passer.
  4. Il faut être rentré pour 21 H.
  5. Il faut remettre au bureau de la Compagnie, nos effets civils pour qu’ils soient retournés à nos familles quand ce sera possible.
  6. Nous ne pourrons écrire, comme le soldat allemand que deux lettres par mois, une le 1er et une autre le 15 de chaque mois.
  7. Les malades de la peau, ou maladies vénériennes seront mis dans une baraque spéciale.

Voici notre nouveau règlement qui mécontente beaucoup d’entre nous, moi le premier, surtout pour le courrier aussi tout le reste.

La lecture de cet ordre terminé, nous nous rendons à l’appel où on nous confirme les ordres que nous venons de recevoir. Mais il y a de la rouspétance.

Nous leur faisons comprendre que nous ne sommes pas venus dans ces conditions, que nous sommes travailleurs et non soldats.

J’ai moi-même dit à un sous officier , un des rares parlant français , que lors de la signature de notre contrat, il n’avait pas été question de ce que l’on nous a annoncé ce matin, que le courrier devait être libre et que deux lettres par mois, c’était insuffisant, d’où sa réponse qu’il n’y était pour rien , qu’il exécutait les ordres reçus, que l’on n’avait qu’à nommer un homme de confiance par baraque pour lui remettre toutes nos réclamations et qu’il tâcherait d’avoir des améliorations.

suiteUn de nos camarades a été trouver l’Adjudant allemand, chef du camp (toujours présent à l’appel tous les matins) avec la feuille donnée à Paris, indiquant dans quelles conditions on était parti. Il lui a montré par l’intermédiaire de notre interprète, le paragraphe où il était question des lettres. Il a pris un papier et à noté sur un calepin différentes réclamations.

De retour dans nos chambres, nous avons désigné notre interprète comme « homme de confiance » de la baraque. Nous avons noté par chambre ce que nous avions à réclamer.

Nous demandons l’envoi sans limite de lettres, au besoin, timbrées, en plus des lettres par mois en Feld-Post. De France, vous paraît-il écrire sans restriction.

Nous demandons aussi de garder avec nous, dans nos valises, nos effets civils que nous ne voulions pas remettre au bureau de la Compagnie. Nous désirons qu’après notre travail (car il paraît que nous allons partir pour Munich) et à nos jours de repos s’habiller en civil.

Notre fiche de réclamation est prête, nous attendons qu’elle soit relevée avec les autres. Quelles réponses seront données à nos questions ?

Ayant remis hier soir, une lettre pour toi, il faut attendre le 1er janvier. Il est midi et demi, voilà mes camarades André et Louis qui reviennent de la soupe, nous allons nous mettre à table.

Voici les évènements jusqu’à cette heure, je reprendrai plus tard, en attendant, je t’embrasse de bien loin.

14 h 30,

Que ce dimanche est long ! Je me vois si bien auprès de toi dans notre intérieur ! Je pense aux dimanches passés ensemble depuis notre mariage.

Tout à l’heure, après la soupe, je suis allé avec les quatre tickets, je suis allé chercher la soupe dans le broc, cela évite la queue pour les quatre.

Sur la route, en allant au jus, c’est à toi que je pensais. J’avais bien le cafard. Je me raisonne le plus possible. C’est dur, pour cela, il ne faudrait plus penser, oublier le bon temps passé près de toi.

Autrement ici, à part la nourriture insuffisante, nous ne sommes pas trop mal et la vie, à la rigueur est endurable.

Pour ma santé, rien à craindre, le temps va au froid mais dans la journée, il fait un beau soleil, et çà n’est pas comme à Paris. Le froid s’endure mieux. Bien couverts et en marchant, nos n’avons pas froid.

Ce qui me manque le plus, le principal, je ne peux hélas l’avoir, c’est toi ma femme chérie, c’est ta présence. Pas au point de vue sensuel, non, c’est au contraire la dernière chose à laquelle je pense. Mais, tu sais qu’être près de toi et te cajoler a toujours été mon rêve. Aussi, c’est dix mois de notre union sont pour moi un doux souvenir. Mais vivre séparé, surtout dans ces conditions, est très pénible. Ne plus t’avoir, ne plus te parler, te prendre dans mes bras et s’embrasser. Je te vois, toi aussi toute seule, tu as ton petit intérieur plein de souvenirs de nous deux Je te vois à certains moments par des souvenirs qui donnent le cafard et resserre le cœur de nous voir si loin ! Je me vois, prenant le lundi midi pour être vite près de toi. A peine la porte ouverte, tu te blottissais dans mes bras pour avoir de grosses grosses bises et te faire câliner. Quels doux souvenirs parmi tant d’autres ! Tu m’as déjà tellement prouvé ton amour que la vie loin de toi est pour ainsi dire impossible.

Je vais te quitter, car il faut que nous allions faire un tout dans le bois pour trouver de quoi brûler. Notre charbon est complètement passé dans le poêle et nous n’en touchons que demain matin.

Donc ma Dilette chérie, soyons courageux. Voici le deuxième dimanche qui passe. Encore combien à compter ? Tous mes baisers sont pour toi.

suite...

 
 
Publié le lundi 8 octobre 2007
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