» Janvier 1943 » Jeudi 7 janvier 1943
 
Jeudi 7 janvier 1943

 
13 h 45

C’est dans un wagon à bestiaux pour le transport des troupes que cette fois, je t’écris. Levés de matin à quatre heures et demie pour le rassemblement à six heures et demie, dehors à piétiner dans la neige, nous n’avions pas chaud aux pieds. Je me suis bien couvert. Avec ma peau de mouton, je ne crains rien.

Nous avons fait le reste de la route à pied. Route glissante, quelques uns de nos camarades sont même tombés. Dans mon dos, j’ai le cabas à fermeture éclair avec les rations de deux jours et deux litres de café, plus quelques bricoles, soit cinq à six kilos qui pèsent tout de même à la fin ! Nous avons fait quinze kilomètres en deux heures et demie. Par moment un vent glacial nous siffle en pleine figure. On se sent plus nos oreilles. Heureusement que nous avons chaud aux pieds à marcher, de plus j’ai mis mes mi-bas marine et mes grosses chaussettes grises que m’avait tricoté jadis ma petite fiancée !

Arrivés à la gare de Detmold, nous nous dirigeons vers la halle aux marchandises où le train nous attend. Ce sont des wagons spéciaux pour le transport des hommes. Il y a des bancs, une plate forme avec un poêle. Heureusement, car il fait froid, mais il n’y a qu’un sceau de charbon. Mais toujours la débrouille et en se relayant deux par deux, nous faisons une corvée de charbon, non loin de là des hommes déchargent des wagons de charbon. Nous avons réussi à en avoir quatre sceaux. Cela nous fait un petit tas près du poêle qui ne s’éteindra pas. Rien à craindre.

Dans ce wagon, se trouvent les camarades de la baraque. Parmi eux, un habite rue Alphonse Perraud , un impasse du Progrès (je t’en ai déjà parlé) et un de la rue Ernest Lefèvre. Nous sommes contents de nous retrouver et de nous savoir du même quartier. Trois soldats allemands viennent de monter avec ceux de notre baraquement que nous connaissons déjà bien et avec qui nous blaguons bien et rigolons, avec l’aide de notre interprète.

Nous ne devons partir que vers trois heures paraît-il. Dehors, il neige, nous ne comptons arriver que demain soir. Ces mêmes soldats nous demandent de chanter un peu. Dans le fond, ils sont un peu comme nous. Ce sont des vieux ou de inaptes pour le service actif. Comme nous, ils attendent sûrement la fin avec plaisir. Je pense un peu au Midi et à ton père car « Que Canto » est entonné dans le wagon.

Nous avons tous bon espoir, un de nos camarades vient de recevoir une lettre qui vient de lui être remise, lettre Express. Peut-être en aurai-je bientôt une aussi… Nous serons si bien dans notre « chez Nous ».

Nous courons la véritable aventure, çà n’est pas toujours gai, mais enfin, encore de la patience. Je suis assis sur ma couverture dans laquelle est roulé mon sac de couchage qui me tiendra chaud cette nuit. Dans ce wagon, nous n’avons du jour que par la porte à glissière quand elle est entrouverte. Pour la route, il faudra fermer car il ferait froid… nous ne verrons plus clair. J’en profite donc pour finir mon petit journal d’aujourd’hui plus tard. Peut-être que demain ou après demain nous nous retrouverons ma petite Chérie, là je te donnerai la suite de cette aventure.

Gros baisers de ton mari qui pense beaucoup à toi et qui t’aime.

suite...

 
 
Publié le mercredi 24 octobre 2007
Mis à jour le lundi 29 octobre 2007

 
 
 
Les autres articles de cette rubrique :
 
Publié le mardi 16 octobre 2007
Mis à jour le lundi 29 octobre 2007
 
Publié le mardi 16 octobre 2007
Mis à jour le lundi 29 octobre 2007
 
Publié le mardi 23 octobre 2007
Mis à jour le lundi 29 octobre 2007
 
Publié le mardi 23 octobre 2007
Mis à jour le lundi 29 octobre 2007
 
Publié le mercredi 24 octobre 2007
Mis à jour le lundi 29 octobre 2007
 
Publié le mercredi 24 octobre 2007
Mis à jour le samedi 17 novembre 2007
 
Publié le lundi 29 octobre 2007
 
Publié le lundi 29 octobre 2007
 
Publié le lundi 29 octobre 2007
Mis à jour le samedi 17 novembre 2007
 

 
Accueil     |     Site réalise par Consulting-LR     |    Espace rédacteurs     |    Se connecter     |    Mentions légales