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Lundi 28 décembre 1942

 
9 h 40

De retour de l’appel, rien d’exceptionnel pour l’instant. Hier, ayant pu avoir une petite hache, nous avons pu débiter un petit arbre. Le soir, avec nos rations quotidiennes, nous avions un morceau de saucisson. A six heures vingt, nous étions à table, tout en discutant. Vingt minutes après la table était propre et nette. Je pensais que si ma petite femme voyait cela, elle serait désespérée. On s’habitue bien à ce genre de vie, les prisonniers ont bien tenu le coup. Pour passer la soirée, nous avons joué à la coinche pour changer un peu de la belote. A 9 heures moins le quart, le jeu est arrêté, c’est la fin de la deuxième partie qui finit assez houleuse car Roger, toujours très malin, se sentait très fort de dire à mon partenaire Louis, les cartes qu’il avait dans les mains avant qu’aucune carte ne soit jouée. Nous avons fait des remarques, rien que de la manière dont les plis étaient tombés la partie d’avant. On ne s’est pas gênés pour lui dire qu’il nous prenait pour des imbéciles car c’est une chose impossible vu que les cartes sont battues avant d’être données Sur ce, j’ai été me coucher, ce qui me plaisait mieux.

Comme cela, j’ai bien prié avec ma petite femme. Peut être étais tu chez tes parents ou chez des amis.

Ce matin, je me suis levé à neuf heures. Tu vois que je me repose bien. André qui ne s’était pas couché de la nuit à cause de son asthme est allé au jus, j’en ai eu un verre bien chaud au lit. A l’appel, on nous a distribué à chacun une savonnette. André est parti à l’infirmerie pour passer la visite, il voudrait pouvoir se faire réformer pour rentrer à Paris. Il fait tout pour avoir une crise. Je lui ai donné mon paquet de gauloises. Nous voudrions bien qu’il réussisse, car de retour à Paris, il vous donnerait de nos nouvelles. C’est un bon copain. Roger, lui est plus personnel. Il ne sort pas de la chambre et même si nous sommes là, sans fermer son placard avec le cadenas. Nous le laissons faire, çà ne nous dérange pas. Nous attendons pour toucher le charbon.

Es-tu de repos ? Peut-être qu’à cause des fêtes, tu as travaillé aujourd’hui. Tes lettres ne donneront tous ces renseignements.

Voici André de retour, il n’a pu se faire réformer, ils étaient près de 900 à passer la visite. Nous sommes si nombreux dans ce camp ! Ca été très vite, le docteur ne l’a même pas ausculté !

Encore aujourd’hui, il fait un beau soleil. Je vais te quitter, je reprendrai plus tard ce journal. Je t’embrasse de tout mon cœur et ne te quitte pas par la pensée.

A midi, nous avons été chercher notre soupe dans nos gamelles et nous avons mangé à la cantine avec un verre de bière que nous payons. Aujourd’hui nous avons été bien servis, choux en purée avec des Pommes de terre coupées en quatre. J’ai acheté un paquet de lessive de 250 gr, 4 francs.

Au retour, nous avons pu faire du feu, ayant touché notre charbon. Il commence à faire bon dans la pièce car depuis ce matin notre feu était éteint.

Tour à l’heure, j’ai pris mon manuel paroissial. J’y ai lu des prières. Si seulement il y avait une chapelle, je pourrais aller y chercher le réconfort. Ici, pas de messes le dimanche. Hier, nous étions à l’appel quand les cloches de Detmold sonnaient. J’aurais bien voulu pouvoir y aller faire une prière. Je pensais qu’à la même heure, ma petite Chérie était peut-être à la messe.

Le bruit courre aujourd’hui que la première et la deuxième compagnie partiraient pour Hambourg, les troisième, (la nôtre), quatrième et cinquième pour Munich. Mais ce n’est par certain et la date n’est pas fixée. On va aussi, parait-il nous donner des chaussures. J’ai espoir que peut être aujourd’hui tu auras une lettre de moi qui te rassurera et te donnera de mes nouvelles que tu attends impatiemment, comme moi j’attends après les tiennes. Les jours ici sont très longs. Roger est allongé sur le lit, André et Louis dorment. Tu vois comme on s’amuse ici ! Pour moi, j’ai ma distraction, t’écrire est un soulagement. Peut-être qu’une fois à Munich à travailler, les journées seront moins longues.

Comment serons-nous installés ? Peut être moins bien qu’ici où nous sommes très bien. Mais nous espérons être mieux nourris. Il y a eu des réclamations à ce sujet ce matin, mais on ne peut nous donner plus, c’est ce que touche le camp. Où sont les bonnes potées de légumes que me faisait ma petite femme ?

Nous allons aller « au jus, pour ce soir, cela va nous faire une promenade et nous passer le temps.

Je te fais une grosse grosse bise en attendant de revenir bavarder avec toi. Ton mari qui t’adore.

suite...

 
 
Publié le vendredi 12 octobre 2007
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