Nous voici enfin sur le point de départ. Si seulement c’était le vrai départ ! Ce matin, on nous a prévenus qu’il fallait préparer nos valises pour les remettre à quatorze heures au bureau. Elles vont être emportées par des voitures pour le départ demain matin à six heures et demie.
Nous avons seize kilomètres à faire à pied, dans la neige. Heureusement que je n’ai que mon petit sac, (plutôt celui de tes parents) pour le ravitaillement de la route Nous touchons pour deux jours, deux tiers d’une boule de pain, soit environ un kilo, trois cents grammes de saucisson et soixante grammes de beurre ou margarine. En cours de route, nous n’avons que du café. J’ai hâte d’être arrivé pour voir comment nous allons être installés et surtout ce que l’on va faire. Hier, Roger s’est fait inscrire comme tailleur, ils en demandaient un. J’ai demandé si pour moi, il n’y aurait pas quelque chose au bureau. Ils m’ont inscrit mais il paraît qu’il n’y a pas de place. Enfin, je verrai bien là-bas. André est nommé vaguemestre, c’est chique car il me donnera les lettres au plus vite. Louis est inscrit comme chauffeur.
Nous sommes contents de quitter enfin ce sale camp de cafard, ce ne sera peut être pas mieux là-bas. Le voyage va nous changer les idées, il y trois semaines, il y avait plus d’une heure que l’on roulait. Je n’ose pas penser à la joie que nous aurons le jour de notre retour.
Aujourd’hui, sont arrivés la première lettre, celle de l’interprète (qu’il a dû écrire en allemand pour aller plus vite) et le premier colis, un camarade de baraque qui habite Impasse du Progrès (je crois) et qui attend un bébé ce mois-ci. Colis expédié en colis express, Gare de l’Est.
Maintenant, il faut attendre d’être à Munich pour recevoir une lettre. Quand ? Une lettre est partie tout à l’heure pour toi te donnant les derniers renseignements du départ. Je pense au bonheur qui sera le mien quand je ferai mes bagages pour le vrai retour. Je vais te quitter pour ce soir. Je vais finir mes préparatifs pour ne rien oublier, demain cinq heures, réveil.
Mille gros baisers de ton mari qui t’aime.


